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Dans la dépression, comme dans beaucoup de pathologies, les médecins utilisent souvent des échelles comme moyens d'évaluation, de comparaison. Elles permettent d'évaluer tous les patients de la même façon et de suivre l'évolution de la pathologie.

Mais il faut tout de même rappeler que les praticiens ont également bien d'autres éléments pour poser un diagnostic de dépression, ne serait-ce que l'examen clinique et le recueil d'informations auprès du patient.

Voyons quelles sont ces échelles d'évaluation de la dépression et comment elles interviennent dans le diagnostic.

Diagnostic et échelles de la dépression

La dépression, comme tous les troubles mentaux, est décelée et diagnostiquée selon les mêmes méthodes cliniques que les troubles physiques : recueil méthodique d'informations détaillées auprès du patient et de son entourage, examen clinique de l'état mental et, si besoin, tests plus spécialisés.

Depuis quelques dizaines d'années, la standardisation de l'évaluation clinique et la fiabilité ont beaucoup progressé. Il existe pour cela des barèmes d'entretien structurés avec des définitions uniformes des symptômes et signes à repérer. De plus, des guidelines (critères standards) ont été établis par les organismes de santé afin de normaliser les critères diagnostic au niveau international.

CIM et DSM

La CIM et le DSM sont deux classifications internationales des diagnostics psychiatriques. Ce sont les classifications principalement utilisées par les psychiatres :

  • La Classification Internationale des Maladies de l'Organisation Mondiale de la Santé, dixième version, utilisée depuis 1994, classe les épisodes dépressifs selon la durée, la sévérité et la nature des symptômes. Plus il y a de symptômes et plus ils sont intenses, plus la dépression est sévère et a des conséquences importantes.
  • Le Diagnostic Statistical Manual, cinquième version, développé par l'Association Américaine de Psychiatrie, éditée en 2013, est un ouvrage de référence classifiant et catégorisant des critères diagnostics et des recherches statistiques des troubles mentaux.

Ces ouvrages proposent donc une description clinique de syndrome (ensemble de symptômes) mais ne tiennent pas compte de l'origine des symptômes, ni de la personnalité du patient. C'est en partie pour cette raison qu'ils sont beaucoup critiqués bien que très utilisés.

École de Wernicke-Kleist-Leonhard

Cette école est celle qui est allée le plus loin dans la caractérisation de pathologies qui pourraient correspondre à des maladies et non plus des symptômes ou troubles comme dans les classifications CIM et DSM.

Il s'agit donc d'un instrument d'approche des troubles psychotiques par une psychiatrie médicale. C'est une classification complexe retenant 35 formes majeures de psychoses endogènes.

Critères d'épisodes dépressifs caractéristiques

D'après le DSM-IV, parmi les 9 symptômes suivants, au moins 5 doivent exister depuis 2 semaines, et l'un des 2 premiers doivent être obligatoirement présent pour diagnostiquer une dépression :

  • Le patient se plaint d'humeur dépressive continuelle.
  • Le patient dit qu'il n'a plus d'intérêt ou de plaisir pour aucune activité.
  • Le patient présente un trouble de l'appétit net et continuel ou un changement de poids d'au moins 5 % dans le mois précédent.
  • Le patient se plaint de troubles du sommeil.
  • Le patient présente une agitation ou un ralentissement psychomoteur.
  • Le patient se plaint de fatigue.
  • Le patient se sent coupable de manière inappropriée ou excessive.
  • Le patient a des difficultés de concentration.
  • Le patient a des idées morbides.
  • Les symptômes présents nuisent à son fonctionnement social.
  • Les symptômes ne s'expliquent pas par un événement récent tel qu'un deuil.

Pour la CIM-10, le nombre de symptômes précise le niveau de sévérité de l'épisode. On retient la possibilité d'une dépression si deux symptômes majeurs (humeur dépressive, perte d'intérêt et perte d'énergie) sont présents et s'ils s'accompagnent d'au moins deux critères mineurs sur sept (perte d'appétit, troubles du sommeil, perte de l'estime de soi...). La dépression est jugée légère, moyenne ou sévère selon le score obtenu.

Dans les deux cas, les symptômes doivent être présents depuis au moins deux semaines pour s’appliquer.

Utilisation d'échelles d'évaluation de la dépression

Il faut bien insister sur le fait qu'il s'agit d'outils d'évaluation et non pas d'outils de diagnostic.

Ces échelles d'évaluation permettent d'établir la gravité du tableau clinique et de suivre l’évolution du trouble ainsi que l'efficacité du traitement.

Elles ne doivent être utilisées que par des personnes compétentes ou en leur présence.

« Montgomery & Asberg Depression Scale »(MADRS)

C'est une échelle d'hétéro-évaluation (passation par un tiers) notamment recommandée dans les évaluations des pathologies psychiques susceptibles d'être liées au travail.

Elle comporte 10 questions, un score maximum de 60. Le seuil de dépression est fixé à 15.

Elle est assez rapide et sensible à l'efficacité thérapeutique.

Échelle de dépression de Hamilton (HAM-D)

Il s'agit d'un QCM permettant de mesurer la gravité de la dépression d'un patient et d'évaluer l'évolution des symptômes.

Elle est très utilisée aux États-Unis et considérée comme référence (GoldStandard) depuis près de 40 ans. Mais ce statut commence à être critiqué et les cliniciens se tournent peu à peu vers des échelles plus récentes.

IDS et QIDS (Inventory of Depressive Symptomology et Quick Inventory of Depressive Symptomology)

Ces questionnaires sont utilisés par les praticiens pour évaluer la dépression et son degré de gravité.

BDI ou Beck Depression Inventory

Il s'agit d'un auto-questionnaire mesurant essentiellement le ressenti subjectif de l'amélioration des symptômes de dépression. Il est donc passé par le patient lui-même.

CDSS ou Calgary Depression Scale of Schizophrenia

Elle est destinée à l'évaluation de la dépression chez les personnes schizophrènes.

Échelle de dépression gériatrique (EDG)

Il en existe plusieurs, différentes par le nombre de questions. La plus connue et utilisée est celle regroupant 15 items. Elle peut être passée en auto-évaluation ou hétéro-évaluation. Elle n'a pas de validité avec les personnes ayant de troubles cognitifs.

Il existe également l'échelle de Pichot qui regroupe 13 items et permet de déterminer la part qu'occupe l'aspect dépressif dans l'éventuel trouble cognitif.

Échelle des impressions cliniques globales (CGI)

Elle porte sur les impressions globales de l'état du patient. Elle ne peut être complétée qu'après ou pendant le traitement.

Échelle d'évaluation globale du fonctionnement (EGF)

Elle porte sur le fonctionnement psychologique et professionnel.

On utilise donc des échelles standardisées d'évaluation des troubles mentaux au cours du suivi des patients. Ces outils d'évaluation clinique permettent de suivre l'évolution de la santé mentale de façon objective. Ils peuvent également servir de guides pour ajuster les médicaments, encourager les patients à poursuivre leur traitement et leur montrer les progrès réalisés au cours de leur prise en charge.

Pour aller plus loin :