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Les troubles dépressifs toucheront, au cours de leur vie, environ 20 % de la population. Les effets du tabac sur la santé sont quant à eux bien connus. Par ailleurs, des liens entre tabagisme et dépression ont été mis en évidence dans plusieurs études. Revenons sur ces liens.

Plusieurs questions peuvent être mises en évidence. Le tabagisme conduit-il à la dépression ? ou, au contraire, est-ce la dépression qui conduit au tabagisme ? De plus, quel est l'impact d'un épisode dépressif sur un arrêt du tabac ? Réponses maintenant !

Tabac et dépression : ce que disent les études

Des études ont été mises en place auprès d'adolescents, montrant que ceux qui présentent une pathologie dépressive ont deux fois plus de risque de présenter une dépendance à la nicotine, toutes choses égales par ailleurs, comme l'environnement social et familial :

  • Ainsi, les faits montrent qu'à long terme, les adolescents fumeurs sont aussi ceux qui rapportent davantage d'épisodes dépressifs.
  • Cela est d'autant plus vrai pour les adolescents affirmant que le tabac a un effet sur leur humeur.

De fait, cette inter-relation entre tabac et dépression perdure au-delà de l'adolescence et plusieurs enquêtes (Arch Gen Psychiatry, 1993 & 1996) ont établi le chiffre des états dépressifs deux fois plus importants chez les fumeurs :

  • D'autres études épidémiologiques ont aussi mis en évidence une relation étroite entre dépression et sérotonine.
  • Or, il est possible que la nicotine et d'autres composants du tabac aient des effets sur les systèmes sérotoninergiques et rendraient alors plus vulnérables ces systèmes, et donc les personnes concernées, à la dépression.

En résumé, le tabac est associé à la dépression car les personnes atteintes de dépression fument plus que les autres, mais aussi parce qu'un fumeur a plus de risques de souffrir de dépression. Ce lien semble donc bien être bi-directionnel même s'il demande encore à être exploré.

Qu'en est-il des syndromes dépressifs chez les fumeurs ?

Ces mêmes études épidémiologiques ont permis de mettre en évidence qu'il serait plus difficile, pour un fumeur ayant des antécédents de dépression, d'arrêter de fumer :

  • De plus, souvent, l'intensité des symptômes pendant le sevrage sera plus important.
  • C'est pourquoi il est important de déceler une dépression pré-existante avant d'entamer le processus de sevrage et, s'il y a dépression, de différer un peu le sevrage pour soigner la dépression et garantir de meilleurs résultats.

Mais il apparaît également que le sevrage tabagique, une fois mis en place, n'a pas seulement des effets sur le plan physique :

  • En effet, les ex-fumeurs sont plus « heureux » et moins sujets à la dépression.
  • Hé oui, plus d'excuses, loin d'accroître les angoisses, arrêter de fumer « rend heureux », une fois les moments critiques dépassés au bout de quelques semaines (Lancet, 2010).

Le Pr Dautzenberg, président de l'OFT (Office Français de prévention du Tabagisme), résume bien les choses : « il est désormais prouvé qu'être fumeur multiplie par trois le risque de souffrir de dépression ou de tenter de se suicider et que le fait d'être dépressif triple les « chances » de devenir dépendant au tabac… Le tabagisme est donc un facteur de dépression. Mais quand on se sent déprimé, on a envie d'allumer une cigarette. L'effet est bien à double sens. »

De plus, selon une étude, la cigarette électronique elle aussi augmenterait les risques de faire une dépression (ou de souffrir de troubles de l'anxiété).

Quand les fumeurs font de l'automédication…

Beaucoup de fumeurs estiment que les cigarettes fonctionnent comme des anti-dépresseurs :

  • Certaines pistes de recherche, encore à confirmer, montrent qu'effectivement, certaines personnes croient que les cigarettes pourraient s'apparenter à une forme d'automédication.
  • En effet, le cerveau de personnes souffrant de dépression subit des changements neurochimiques sous l'effet du tabac, similaires à ceux d'anti-dépresseurs.
  • De plus, la cigarette libère des neuromédiateurs jouant un rôle dans le plaisir et la sensation de bien-être. Ainsi, à l'arrêt du tabac, une sensation de déprime peut apparaître. Elle disparaît au bout de 2 mois.

Enfin, on a conclu que l'arrêt du tabac est associé à une réduction de la dépression et à une amélioration de l'humeur et de la qualité de vie :

  • Chez les fumeurs ayant arrêté, l'anxiété a baissé de 37 %, la dépression de 25 %.
  • À l'inverse, chez ceux poursuivant leur tabagisme, ces symptômes ont persisté (BMJ, 2014).

Si les liens entre dépression et tabagisme ont été clairement établis, il apparaît également qu'ils sont à double sens (Revue Médicale Suisse, 2009) :

  • Les non-fumeurs sont moins déprimés, et les déprimés plus à risque de « tomber » dans le tabagisme.
  • De plus, l'accumulation de données scientifiques permet de penser que les liens entre tabagisme et dépression sont autant de nature comportementale que neurobiologique.
  • Par ailleurs, il est recommandé, dans le cas d'une personne dépressive et fumeuse, de traiter l'état dépressif avant de commencer le sevrage tabagique. Ainsi, on maximise les chances de succès tout en diminuant le ressenti difficile qui suit l'arrêt du tabac.

Pour approfondir :

  • S'il vous faut d'autres raisons pour arrêter de fumer, vous les trouverez sur notre page Pourquoi arrêter de fumer ?
  • La cigarette peut être perçue comme une récompense par certains fumeurs, ce qui explique la difficulté à arrêter (pourquoi se priver d'une récompense si accessible et immédiate ?). Pour arrêter, la clé est donc de se faire plaisir, afin de diminuer les frustrations liées au sevrage.
  • Peur de devenir invivable à l'arrêt du tabac ? Consultez notre fiche pratique Apaiser l'irritabilité.