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Près de 40 ans après son interdiction, le distilbène, une hormone de synthèse administrée aux femmes enceintes, fait encore parler de lui.

Et pour cause, ses victimes, exposées dans le ventre de leur mère, souffrent de nombreux troubles. Et les problèmes psychiques pourraient s'ajouter à la liste des effets délétères à long terme imputables à cette substance. Nous faisons le point.

Distilbène : une crise sanitaire

Le diéthylstilbestrol (DES), plus connu sous sa marque commerciale « distilbène », est un médicament qui a été administré à de nombreuses femmes au cours de leur grossesse, des années 1950 à la fin des années 70. Il était prescrit pour :

  • réduire les risques de fausse couche ;
  • limiter les hémorragies gravidiques ;
  • éviter les accouchements prématurés.

Il a été interdit en 1971 aux États-Unis, puis en 1977 en France dans le cadre de cette utilisation, face à ses effets toxiques sur les fœtus exposés dans le ventre maternel :

  • Les filles nées de ces mères (surnommées « les filles distilbène ») présentent de nombreux troubles de fertilité et des difficultés pour mener une grossesse à terme (malformations des organes génitaux, kystes ovariens, endométriose, cancers du vagin, grossesses extra-utérines, fausses couches, accouchements prématurés...).
  • Chez les garçons, le traitement maternel a également eu des conséquences sur le plan anatomique, avec l'apparition de malformations urogénitales et certainement une augmentation des risques de cancers de la prostate et des testicules.

Si ces effets sont bien documentés, on soupçonne maintenant cette hormone de synthèse d'être également responsable de troubles psychiques, anxieux et alimentaires, et de dépressions.

Distilbène et dépression : un lien controversé

L'association Hhorages (Halte aux hormones artificielles pour les grossesses), qui rassemble des victimes du distilbène, a recueilli de nombreux témoignages de mères ayant suivi ce traitement pendant leur grossesse et dont les enfants souffrent de divers troubles psychiatriques.

Les publications scientifiques traitant ce sujet arrivent à des résultats contradictoires.

Des données qui suscitent l'inquiétude

Des études datées de 1983 et 1993 avaient déjà laissé entrevoir un risque accru de dépression chez les personnes exposées au distilbène in utero.

Plus récemment, une analyse de grande ampleur menée aux États-Unis en 2010, portant sur 76 000 infirmières, a conclu que les femmes dont les mères ont reçu un traitement à base de diéthylstilbestrol au cours de la grossesse présentaient 1,47 fois plus de troubles dépressifs que les femmes non exposées.

Une autre étude américaine a montré que les femmes exposées au DES in utero étaient 5 fois plus souvent victimes d'une importante perte de poids non expliquée (d'au moins 7 kg).

Une étude française qui ne confirme pas de lien

Une étude française de 2007, menée conjointement par l'INSERM et l'université Segalen-Bordeaux 2, n'a quant à elle pas permis d'établir de lien entre exposition au DES et nombre de suicides, d'hospitalisations en unité psychiatrique ou de consultations en psychiatrie.

Même si le lien n'est pas encore parfaitement établi, les personnes exposées à ce médicament avant leur naissance doivent faire l'objet d'un suivi médical et psychologique très étroit. Et cette crise sanitaire rappelle à quel point il est crucial de bien évaluer les conséquences des molécules administrées aux femmes pendant leur grossesse.

Pour que les médicaments et la grossesse fasse bon ménage :